Pequeño florilegio personal de citas de Paul Léautaud (1872-1956), escritor francés y crítico teatral, con subtítulos en versión original francesa:
-Es preciso que el hombre crea en algo. Prescindir de un ídolo le es
imposible. Durante siglos ha creído en Dios. Esta creencia se ha
embotado. Hoy cree en la ciencia.
Il faut que l’homme croie à quelque chose. Se passer d’une idole
lui est impossible. Pendant des siècles, il a cru en Dieu. Cette
croyance s’est émoussée. Aujourd'hui, il croit en la science.
-No estamos lejos nunca de odiar lo que amamos.
On n'est jamais loin de détester ce qu'on aime.
-¡No escogemos nada en la vida: nuestros padres, nuestro país, nuestro
carácter, nuestra carrera, nuestros amigos, nuestras amantes ni
nuestra muerte! El azar está por todas partes. Una irresponsabilidad
general.
On ne choisit rien dans la vie : ses parents, son pays, son caractère,
sa carrière, ses amis, ses maîtresses, ni sa mort ! Le hasard est
partout. Une irresponsabilité générale.
-(Sacrificarse
por una idea) Es una alienación mental. Como los primeros cristianos
que se dejaban devorar para demostrar su fe. Unos alienados. Todo lo
que sea sentimiento religioso es alienación mental de uno u otro
grado. El hombre en el campo de batalla que corre con entusiasmo a la
muerte: un alienado provisional. El ser que otorga un poder mágico,
sobrenatural, a un objeto cualquiera: cruz, estatuilla, etc., etc.,
un alienado parcial. Todo lo que es superstición, ciega creencia, es
un grado de locura.
[Se sacrifier pour une idée]
C’est de l’aliénation mentale. Comme les premiers chrétiens qui
se laissaient dévorer pour démontrer leur foi. Des aliénés. Tout
ce qui est sentiment religieux est aliénation mentale à un degré
ou un autre. L'homme sur le champ de bataille qui court avec entrain
à la mort : un aliéné provisoire. L'être qui prête un pouvoir
magique, surnaturel, à un objet quelconque : croix, statuette, etc.,
etc., un aliéné partiel. Tout ce qui est superstition, croyance
aveugle, est un degré de folie.
Paul Léautaud
-(Al volver de una misa por el quinto aniversario de la muerte de Apollinaire) Nunca había visto yo te tan cerca lo que es decir una misa. Es para morirse de risa. Había pensado en contenerme. Lo grotesco y la tontería del asunto sobrepasa cualquier medida. El sacerdote, que tiene en la mano un copón, que lo levanta, que traza por encima, en el vacío, con una mano, unos signos misteriosos es absolutamente el prestidigitador que os muestra un sombrero, que os dice: «Vean, señores, señoras: no hay nada dentro», que hace a continuación no sé qué acrobacia de gestos, y volviendo a mostraros el sombrero saca de él una docena de huevos. Verdaderamente hay que estar dotado de una incurable y monumental tontería para asistir como creyente respetuoso a una memez igual. Una pequeña tropa de fieles, con rostros especiales, como todos los «fieles», han ido enseguida a arrodillarse formando un semicírculo ante la cancela de la capilla para recibir «el cuerpo de nuestro Señor». (…) Juro bien que no quiero para mí estas payasadas cuando abandone este mundo.
(Revenant d'une messe pour le cinquième anniversaire de la mort d’Apollinaire)
Je n’avais jamais vu de si près ce que c’est que dire une messe.
C’est à mourir de rire. J’avais pensé à me retenir. Le
grotesque et la bêtise de la chose dépassent toute mesure. Ce
prêtre, qui tient en main un ciboire, qui l’élève, qui trace
au-dessus, dans le vide, avec une main, des signes mystérieux, c’est
absolument le prestidigitateur qui vous montre un chapeau, qui vous
dit: «Voyez, Messieurs, Mesdames: il n’y a rien dedans», qui fait
ensuite je ne sais quelle acrobatie de gestes, et vous remontrant le
chapeau en tire une douzaine d’œufs. Il faut vraiment être doué
d’une incurable et monumentale bêtise pour assister en crédule
respectueux à une pareille singerie. Une petite troupe de fidèles,
à figures spéciales, comme tous les «fidèles», sont ensuite
venus s’agenouiller en demi-cercle devant la grille de la chapelle
pour recevoir «le corps de notre Seigneur».(...) Je jure bien que
je ne veux pas de ces bouffonneries pour moi quand je quitterai ce
monde.
-Siento
admiración ante este pequeño apólogo de Oscar Wilde. Jesús se
encuentra a Lázaro, después de haberlo resucitado. Inclinándose
hacia él, a la orejea: «Dí entonces, Lázaro, tú que has estado
muerto, ¿qué hay al otro lado? Lázaro, confidencialmente: «Señor,
no hay nada». Jesús, vivamente: «¡No se lo digas a nadie!». Toda
la farsa de la religión está ahí.
Je suis en admiration devant ce petit apologue d'Oscar Wilde. Jésus rencontre Lazare, après qu'il l'a ressuscité. Se penchant vers lui, à l'oreille : « Dis donc, Lazare ? Toi qui as été mort, qu'est-ce qu'il y a, de l'autre côté ? ». Lazare, en confidence : « Seigneur, il n'y a rien ». Jésus, vivement : « Ne le dis pas ! ». Toute la farce de la religion est là.
Je suis en admiration devant ce petit apologue d'Oscar Wilde. Jésus rencontre Lazare, après qu'il l'a ressuscité. Se penchant vers lui, à l'oreille : « Dis donc, Lazare ? Toi qui as été mort, qu'est-ce qu'il y a, de l'autre côté ? ». Lazare, en confidence : « Seigneur, il n'y a rien ». Jésus, vivement : « Ne le dis pas ! ». Toute la farce de la religion est là.

